Fiction, climat et conscience : quand le récit influence les attitudes écologiques, "Alliances" (J. M. Ligny) et "Nous sommes l'étincelle" (V. Villeminot)
Kunz-Westerhoff, Dominique
Ce travail porte sur la manière dont la littérature, et plus particulièrement les fictions climatiques, peut contribuer à une prise de conscience écologique, alors que les discours scientifiques et médiatiques peinent aujourd’hui à provoquer un véritable changement de comportements. Bien que les informations sur le dérèglement climatique soient nombreuses et de plus en plus alarmantes, elles restent souvent abstraites ou trop éloignées du quotidien pour susciter une réaction durable. Divers facteurs expliquent cette inertie : la complexité des données, la distance temporelle et géographique des phénomènes, des biais cognitifs ou encore la croyance qu’une solution technologique viendra tout résoudre. Dans ce contexte, la mise en récit apparaît comme un moyen de rendre ces enjeux plus concrets et sensibles. En s’appuyant sur des approches issues de l’écocritique, des sciences cognitives, de la narratologie postclassique et du pragmatisme littéraire, ce travail examine comment les récits mobilisent l’identification, les émotions, la simulation mentale et l’imagination pour engager le lecteur à réfléchir à son rapport au monde. Sans attribuer à la littérature un pouvoir magique, il s’agit de montrer ses potentialités pour transformer les représentations. L’analyse se centrera sur deux romans de l’imaginaire, Alliances de Jean-Marc Ligny et Nous sommes l’étincelle de Vincent Villeminot, afin de comprendre comment leurs dispositifs narratifs, émotionnels et idéologiques représentent la crise écologique, interrogent notre société et proposent des manières alternatives d’habiter le monde. Ainsi, ce travail explore la capacité de la fiction climatique à sensibiliser, interpeller et ouvrir des perspectives de transformation.
L’expérience de la migration au féminin dans la littérature francophone d’Afrique subsaharienne : "53cm" de Bessora, "La Préférence nationale" de Fatou Diome et "Le Baobab" fou de Ken Bugul
Le Quellec Cottier, Christine
Cette recherche propose d’analyser les variations énonciatives et thématiques dans les représentations de l’expérience migratoire selon le genre des protagonistes dans la littérature francophone d’Afrique subsaharienne. La réflexion naît d’une impression de lecture qui amène à questionner les particularités liées aux vécus migratoires de personnages féminins dans trois récits différents : "Le Baobab fou", "53cm" et "la Préférence nationale". Cette étude démontre que ces trois récits, présentant une protagoniste africaine immigrée en Europe, se rejoignent sur plusieurs points ; que ce soit à travers une situation énonciative similaire – utilisation du pronom personnel « je », un éthos de genre ou de migrance, l’emploi d’humour ou d’ironie, etc. – ou par la récurrence de thématiques analogues – tels que la recherche identitaire, l’omniprésence du corps féminin sexualisé ou encore la construction de mondes imaginaires pour sortir d’une réalité brutale. Ces voix protagonistes féminines dénoncent les problèmes sociétaux que doivent affronter les femmes en contexte de migration dans une société menée par des structures patriarcales, héritières d’un passé colonial encore présent et réactivés par des préjugés raciaux.
L'ensauvagement féminin : vers une rupture écoféministe au travers de trois oeuvres contemporaines : Sanglier (2017) de Dominique Rameau, Faunes (2018) de Christiane Vadnais et Les Grands Cerfs (2019) de Claudie Hunzinger
Kunz Westerhoff, Dominique
Ce mémoire analyse trois œuvres contemporaines d’écofiction : "Sanglier" (Dominique Rameau), "Faunes" (Christiane Vadnais) et "Les Grands cerfs" (Claudie Hunzinger), qui explorent le topos de l’ensauvagement à travers des personnages féminins. Dans un contexte de crise écologique, ces récits remettent en question le dualisme nature/culture et l’exception humaine. S’appuyant sur des théories écoféministes, ce travail cherche à expliciter comment s’entrecroisent la domination féminine et celle de la nature. Chaque œuvre propose une expérience corporelle du sauvage : réenchantement sensoriel dans "Sanglier", prédation et hybridation dans "Faunes", refuge menacé dans "Les Grands cerfs". L’ensauvagement y devient un processus de transformation identitaire qui invite à repenser les valeurs modernes et capitalistes. Ces récits présentent la forêt comme un espace liminaire, lieu de vulnérabilité mais aussi d’émancipation. Ainsi explorées dans ce projet de mémoire, ces fictions offrent de nouvelles représentations du vivant et encouragent un rapport plus relationnel, humble et interconnecté à la nature.
Le plaisir retrouvé. Typologie et approches du plaisir de la lecture dans la critique littéraire (1960-1980)
Buchs, Arnaud
La critique littéraire de la seconde moitié du XXᵉ siècle s’intéresse à une thématique longtemps délaissée par la discipline, celle du plaisir de la lecture. À l’instar de Roland Barthes et de son « Plaisir du texte », plusieurs théories publiées entre les années 1960 et 1980 œuvrent en effet à une réhabilitation de la notion de plaisir et s’attachent à en préciser les contours. À partir d’un corpus de textes théoriques, ce travail tâche de situer l’intérêt accordé à la question du plaisir dans l’évolution de la critique littéraire, présente une typologie de ses différentes conceptions et tente, dans un dernier temps, de mettre en lumière le contexte intellectuel, artistique et philosophique plus large dans lequel ces réflexions prennent place.