Sido, l'idéalisation de la mère dans les écrits autobiographiques de Colette.
Barilier, Etienne
Malgré leur grande diversité, les écrits de Colette sont dominés par un thème central : celui de l’hommage à sa mère Sido.Après une considération de la vraie personne de la mère de Colette dans la réalité, le mémoire s’occupe de la construction du personnage dans la littérature autobiographique de Colette et de la naissance du mythe de Sido. En commençant par La Maison de Claudine, en passant par La Naissance du jour et Sido et en aboutissant à L’Etoile Vesper, nous poursuivrons le cheminement de cette recréation littéraire. Par ailleurs, Sido représente la figure essentielle, le centre autour duquel toute l’œuvre de Colette est axée. « Investie d’une forte charge symbolique, Sidonie Landoy, la mère véritable, devient Sido, mère idéalisée, sublimée, campée au centre d’une rose des vents imaginaire. »1 L’auteur, tout au long de son œuvre, ne cessera de la chanter et de tendre en permanence vers elle ; car, chez Colette, tous les chemins mènent à Sido.
Catulle, Ovide et Yourcenar face à "la belle Orientale". Etude comparative des réécritures du récit mythologique d’Ariane dans le Carmen 64 de Catulle, l’Héroïde X, l’Art d’aimer I (vers 521-563) et les Fastes III (vers 429-516) d’Ovide et Qui n’a pas son Minotaure ? de Marguerite Yourcenar.
Heidmann, Ute
Ce mémoire propose une comparaison entre cinq réécritures du mythe d’Ariane. Le Carmen 64 de Catulle est confronté d’abord aux Héroïdes, à l’Art d’aimer et aux Fastes d’Ovide et ensuite à Qui n’a pas son Minotaure ? de Marguerite Yourcenar. Selon les présupposées de la comparaison différentielle et non hiérarchique des textes, cette analyse est une mise en dialogue entre des réécritures et leur hypotexte. Dans la première partie les textes latins de Catulle et d’Ovide sont analysés selon la pratique classique de l’art allusif. Dans la deuxième la comparaison est thématique et vise à dégager les différentes façons de représenter le sens de l’histoire et du sacré par deux textes lointains par époque et esthétique. Enfin par une mise en relation les résultés obtenus, on analyse la manière différente que les textes d’Ovide et de Yourcenar emploie pour réécrire le texte de Catulle.
La guerre dans "A la recherche du temps perdu" de Marcel Proust : entre kaléidoscope et palimpseste.
Kaempfer, Jean
L’inscription thématique de la guerre dans À la recherche du temps perdu comporte trois volets : un volet diplomatique, un volet stratégique et un volet artistique. Chacune de ces trois étapes correspond à un chapitre du roman d’apprentissage que représente À la recherche du temps perdu. La diplomatie initie le narrateur à la complexité de l’analyse des faits de guerre, tout en lui dévoilant le code nécessaire au décryptage de ces derniers. La stratégie se présente comme un second prétendant à l’explication de la guerre. Sa vision des manœuvres militaires comme des pastiches tactiques indique la voie à suivre. Néanmoins, seule l’apparition de la Grande Guerre dans Le Temps retrouvé donne son sens définitif à la guerre. L’art est son véritable principe explicatif, car seul l’art est apte à déchiffrer et à rendre compte du palimpseste de la guerre.
Rapports de force et pathologies de la communication dans les dialogues d’Amélie Nothomb.
Kaempfer, Jean
Ce travail a pour but d’étudier les diverses pathologies du dialogue engendrées par des relations interpersonnelles conflictuelles mises en scène dans les dialogues d’Amélie Nothomb. Il s’agit, dans un premier temps, de contextualiser l’œuvre de la romancière dans le paysage littéraire belge puis de justifier le corpus choisi : Hygiène de l’assassin, Péplum, Mercure, Cosmétique de l’ennemi et Acide sulfurique. J’examine ensuite la place prépondérante qu’occupent les dialogues dans les romans retenus et le rôle des interactions dans l’évolution des rapports de force entre les personnages. Puis, je propose d’étudier la façon dont la communication est malmenée par la présence de positions hiérarchiques inégales entre les interlocuteurs. Les romans choisis sont parcourus afin d’illustrer les rapports problématiques entre les protagonistes et les dysfonctionnements de la communication qui en découlent : présence de violence, communication forcée ou limitée par des contraintes.
Prélude à Nuages dans la main, étude d’un manuscrit d’Alice Rivaz.
Maggetti, Daniele
A travers le manuscrit de Nuages dans la main, seul manuscrit ayant été conservé par l’auteur, ce travail se propose de retracer l’histoire du premier roman d’Alice Rivaz, histoire qui se fait le reflet de la naissance de la vocation littéraire de la romancière. Le manuscrit contient en germe à la fois le roman qui deviendra Nuages dans la main et à la fois l’ébauche d’un autre roman qui ne verra jamais le jour, dont l’action se déroule lors de la fusillade de 1932 dans les rues de Genève. Les personnages des deux histoires se croisent dans les pages du manuscrit, composées essentiellement de passages déjà fortement rédigés. Une liste de personnages, ainsi que quelques ébauches de plans jalonnent également les pages du manuscrit. Après une lecture approfondie de la matière inédite, une mise en parallèle d’éléments tirés du manuscrit avec des passages extraits du roman publié permet de mesurer le travail réalisé par la romancière, de percevoir l’ampleur des choix opérés, de l’adoption d’une structure en une seule journée allant de pair avec une diminution du nombres des personnages, à l’exécution d’une importante autocensure, en passant par une forte densification textuelle.
Barthes et la lecture : apports et limites d'une nouvelle conception.
Reichler, Claude
Devant la multiplicité des textes et des lectures, de nombreuses théories se sont développées, qui cherchent à comprendre et à analyser ce phénomène mystérieux qu’est l’interprétation. La période d’émulation où les anciens critères sont remis en cause débute en France à la fin des années soixante, moment riche de questions et d’idées prometteuses. Barthes occupe une place prépondérante dans ce bouleversement. Il casse les vieux dogmes, pluralise la lecture et propose une approche qui tienne compte de l’écrit tel qu’il le conçoit, dans sa diversité et son inachèvement. Le sujet est promu producteur à part entière de sa lecture. Longtemps considéré pour la théorie du texte qu’il expose, c’est par sa conception de la lecture que Barthes me semble vraiment intéressant. Suivre son cheminement pour le discuter permet d’en souligner les faiblesses et de montrer tout ce que les théories récentes de la réception lui doivent.
Le point de vue dans les textes narratifs de Nathalie Sarraute.
Chaperon, Danielle
Ce travail s’est intéressé à la question du point de vue dans les premiers textes de Nathalie Sarraute : Portrait d’un inconnu, Martereau, Le Planétarium, Les Fruits d’or et Entre la vie et la mort. Ces textes ont encore quelques caractéristiques des romans traditionnels de type balzaciens : ils racontent une histoire vécue par des personnages. Cependant, il y a dans ces œuvres une remise en question du statut du narrateur et des personnages. Sarraute passe ainsi par une réflexion sur la narration, pour nous offrir une réflexion sur l’identité humaine. Technique narrative et conception de l’homme seront donc liées de manière inextricable dans ses textes. La technique narrative de Sarraute consiste principalement en un emploi systématique de points de vue difficiles à identifier, car le plus souvent non introduits et insérés dans un contexte où les personnages ne sont pas nommés. Ce mémoire s’est donc attaché à essayer de décrire cette technique narrative originale pour la mettre en rapport avec la conception particulière de l’homme qu’à la fois elle présuppose et qui en émane.
Les voix des contes (I). Le discours rapporté dans les contes de Perrault et des frères Grimm.
Heidmann, Ute et Adam, Jean-Michel
Ce mémoire porte sur l'utilisation du discours rapporté dans les contes de Perrault et des frères Grimm. Il tente d'observer la manière dont sont représentées les paroles, les pensées et les perceptions des personnages. La première partie établit des statistiques sur les occurrences et les aspects des discours rapportés, afin d'avoir une vue globale de l'utilisation par les auteurs des différentes formes de discours rapportés. La deuxième partie entreprend une comparaison de La Belle au bois dormant et de Dornröschen pour étudier les effets que crée l'utilisation du discours rapporté sur les textes. Les résultats de ces deux approches complémentaires montrent qu'il faut dépasser les similitudes des motifs des contes de Perrault et des frères Grimm et relever les différences fondamentales de leur mise en texte, pour tenter de les comprendre dans leur contexte de production.
Cent petites histoires de Corinna Bille : une forme hybride ?
Maggetti, Daniele
Notre travail, dans un premier temps, s’efforce d’inclure les Cent petites histoires dans le genre poétique : nous avons pu constater une structuration discursive lyrique - la mise en forme d’une affectivité - rendue tangible dans le discours par certains traits stylistiques. Mais nous avons également remarqué la présence d’éléments narratifs au sein de ces poèmes en prose, qu’ils consistent en une simple ébauche décorative ou en un récit embryonnaire quasiment abouti. Il était dès lors impossible de continuer l’analyse en les ignorant. Nous sommes arrivée à la conclusion que la spécificité des Petites histoires réside dans leur forme hybride : les proto-récits, loin d’être exclus de la poésie, sont au contraire utilisés pour mettre en forme l’affectivité du sujet lyrique. Cette transgression générique, qui permet d’unir deux genres différents, se retrouve également dans la thématique des recueils.
Jeu linguistique au Moyen-Age : de l’influence du français sur la langue anglaise et de l’intégration anglaise de la langue française dans le cas particulier de la traduction du Roman de la Rose par Geoffrey Chaucer.
Le marcheur et la ville. Réenchanter l’espace dans Les Ruines de Paris, La Liberté des rues et Le Citadin de Jacques Réda.
Reichler, Claude
Ce mémoire propose une lecture de Jacques Réda à travers la figure du flâneur, héritée de Baudelaire et de la modernité, figure largement commentée par Walter Benjamin. On s’intéressera à la représentation de la ville chez Réda, à la fois lieu surmoderne et lieu commun. A travers les lieux de la ville et le temps, à travers la marche, on retrouve une thématique et une esthétique du lien. En s’interrogeant sur la lecture et l’écriture, qui sont véritablement au cœur de la problématique du flâneur, on voit émerger la figure d’un flâneur chiffonnier qui tente de sauver du naufrage ce qui peut l’être, qui tente de faire sens alors que le temps même engloutit ce sens. L’image de récupération, de réappropriation, est au centre des textes de Réda, constamment à la recherche de la rencontre, de l’échange, du dialogue. Le réenchantement s’opère à travers la marche et à travers l’écriture qui devient elle-même un trait d’union entre les temps.
Expérience de l’espace et écriture chez Jacques Lacarrière.
Reichler, Claude
Jacques Lacarrière (1925 – 2005) a été parmi les pionniers en France du mouvement dit de « travel writing » et donnait régulièrement des conférences au festival « Etonnants voyageurs » de Saint-Malo. Dans ses deux grands récits de voyages, Chemin faisant (1974) et L’Été grec (1976), il met en place son propre art du voyage et de l’écriture, au sein duquel le rapport entretenu avec l’espace et en particulier avec le paysage joue un rôle essentiel. A la lumière de théories paysagères comme celle d’Augustin Berque et de la phénoménologie, nous nous sommes attachés à montrer l’importance assignée au corps dans l’appréhension de l’espace, faisant de celle-ci une véritable expérience vécue, incarnée. Mais nous avons également pu observer l’intervention d’autres facteurs favorisant une « rencontre du monde » réussie. Toujours sous l’éclairage de la problématique paysagère, nous avons ainsi abordé les questions de la disponibilité, des références culturelles, de la fonction du mouvement imprimé par la marche, des effets du hasard et de la surprise. Par ailleurs, l’expérience spatiale est inséparable de la perception temporelle, que Lacarrière considère comme le principal bouleversement du voyage. Nous avons donc tenté de mettre en évidence comment le temps et la mémoire – personnelle ou collective – interviennent de manière décisive, au moment de l’expérience comme dans la façon qu’a l’auteur de penser cette dernière. Enfin, Lacarrière se veut écrivain autant que voyageur. Après avoir analysé son discours sur la marche, le voyage et l’écriture, nous avons recherché la trace de ce discours dans les textes, en nous demandant comment celui-ci influence l’écriture. Comment l’expérience même du paysage ou de l’espace est-elle transmise dans le texte, ou dans quelle mesure l’écriture traduit-elle une certaine attitude revendiquée face au paysage ? La notion de « cheminement », omniprésente dans l’œuvre de Lacarrière, nous a accompagnés tout au long de notre travail.
L’émergence du fictionnel dans La Pêche miraculeuse de Guy de Pourtalès. Une étude génétique comparée des premiers chapitres des manuscrits autographes.
Jakubec, Doris
Les manuscrits du début de La Pêche miraculeuse de Guy de Pourtalès présentent quatre phases d'écriture, au sein desquelles sont visibles trois modes d'énonciation différents. L'étude de ces variantes permet de suivre la démarche de l'auteur et de constater comment, entre 1933 et 1937, il change radicalement de but: de ce qui devait être, au départ, une autobiographie, il fait un roman, une vaste fresque sociale n'ayant en apparence que peu de rapports avec sa propre vie. La transcription de ces manuscrits constitue la partie majeure de mon travail : elle sert de base à l'étude comparée des différentes étapes de rédaction de La Pêche miraculeuse, étude qui profite des outils de l'analyse thématique et des théories de l’énonciation.
Entre métathéâtre et tragédie. Etude comparative de trois variations sur "le prométhéen" : Prométhée enchaîné d’Eschyle, Prometeo de Rodrigo García et Prometeo equivocado de Miguel Medina Vicario.
Antonio Lara Pozuelo
Ce travail part d’une intuition : la mise en discours théâtral du "mythe de Prométhée" déploie des significations génériques ou effets de généricité (considérés comme instructions pour la production d'un signifié) que l’on peut associer aux formes dramatiques historiques que sont la tragédie et le métathéâtre. Dans les oeuvres étudiées, les concepts interprétatifs du tragique et de la métathéâtralité coexistent et le personnage prométhéen (qu’il apparaisse sous les traits du héros mythique, d’un boxeur ou d’un anti-héros postmoderne) est l’agent qui essaie d'articuler ces significations a priori divergentes afin d’en devenir le lieu d’une synthèse, avec plus ou moins de succès selon les cas. Les oeuvres sont d’abord traitées individuellement en fonction des notions théoriques définies préalablement, puis comparées en fonction des axes de comparaison qui ont surgi au cours de l’analyse individuelle. Dans un premier temps, les significations potentiellement métathéâtrales du Prométhée enchaîné sont mises en exergue, puis la généricité tragique ou métathéâtrale des "réécritures" est étudiée. Enfin, les trois oeuvres sont mises en relation à travers les mécanismes de construction du temps et du sens qu’elles mettent en oeuvre, le prométhéen se définissant comme la capacité "métathéâtrale" de créer les conditions de l’espoir dans un contexte tragique. Les "réécritures" sont comparées en fonction de leur relation à la tragédie d’Eschyle en tant qu’hypotexte et au "genre" de la tragédie en général. En conclusion, en plus du prométhéen, le travail propose les catégories (applicables à d'autres corpus) de corps et conscience de la représentation pour l’analyse du processus de signification théâtral.