Réhabiliter un auteur sulfureux ? : le Marquis de Sade et ses biographes, enjeux d’une relation critique.
Rosset, François
La censure a pendant près de cent cinquante ans surdéterminé la réception des œuvres du marquis de Sade, tout comme elle aura créé à son sujet une forme de consensus : l’auteur tout comme ses écrits auraient en effet façonné la notion de sadisme. On se figure alors un homme qui, pour distraire son corps inactif et son esprit malade, écrivit en prison d’infâmes récits à l’érotisme cruel. La redécouverte des textes proprement dits, initiée dans les années 1900, interrompue par les première et deuxième guerres mondiales, pour être reprise et poursuivie à partir de 1950, aura généré une grande effervescence autours de l’écrivain, devenu une figure littéraire majeure pour de nombreuses avant-gardes. Parallèlement, un certain nombre d’ouvrages critiques, dont des biographies érudites, apparurent. Au final, Sade, d’auteur censuré, figure depuis 1990 aux côtés de Balzac et Flaubert dans la prestigieuse Bibliothèque de La Pléiade. De nouveaux défis liés à la biographie sadienne sont ainsi survenus au cours de ces trente dernières années : comment, dans un tel contexte de réhabilitation des textes, les biographies du marquis de Sade relient-elles la vie et l’œuvre de l’écrivain ? Perpétuent-elles les poncifs créés au XIXe siècle ? Notre choix s’est porté sur quatre biographies dont les auteurs ont tous édité Sade durant la grande aventure que fut la parution de ses textes. Il s’agit de l’ouvrage de Gilbert Lely, Vie du marquis de Sade (1959-1989), du volumineux Sade vivant de Jean-Jacques Pauvert (1985-1989), de la biographie de Maurice Lever, Donatien Alphonse François, marquis de Sade (1991) et du récent travail de Michel Delon, Les vies de Sade (2007).
De la simple exubérance au problème clinique, la folie sur scène se décline sous de multiples formes. Considérée non en tant que thématique, mais comme mécanisme perturbateur, elle révèle une volonté de liberté, un affranchissement des règles, aussi bien pour le dramaturge que pour son personnage. Si cette confusion, ce désordre peut s’immiscer à tous les niveaux (intrigue, espace, temps, parole etc.), elle n’en réserve pas moins, paradoxalement, une organisation et une logique implacables. Les deux « patrons » du théâtre, Dionysos et Apollon, s’en trouvent ainsi satisfaits. De Shakespeare à Thomas Bernhard, il s’agira d’analyser les mutations de cette folie théâtrale, qui semble, au fil des époques, perdre son panache, et se faire plus discrète, mais aussi plus profonde. Les exubérances baroques et les fureurs tragiques se verront ainsi remplacées par une folie beaucoup plus intériorisée, mais qui mène vers une vérité.
Le roman policier humoristique : le cas Charles Exbrayat à travers ses trois personnages récurrents, Romeo Tarchinini, Malcom McNamara et Imogène Mc Carthery.
Kaempfer, Jean
Au départ, le but de ce mémoire devait être d’analyser l’usage de l’humour dans le cadre du roman policier, le type d’humour utilisé. En progressant dans le travail, il a fallu constater que chez cet auteur, l’humour n’était pas accessoire mais central. C’est plutôt l’aspect policier qui passait au second plan. En effet, la volonté humoristique de l’auteur l’obligeait à transgresser certaines règles « canoniques » du roman policier et c’est finalement sur ces transgressions que porte le mémoire. Dans le cadre de ce travail, nous nous posons aussi la question de la qualité de ces ouvrages au niveau du type policier : ces transgressions ne gâchent-elles pas le suspens ou le déroulement de l’enquête ? Cette recherche de la transgression nous a aussi mis face à un problème de matériel théorique. La grande vague d’intérêt des théoriciens pour le roman policier date du deuxième quart du XIXème siècle. Depuis cette période, le volume et les styles de cette littérature ont connus une expansion énorme et la théorie n’a pas été actualisée assez vite et assez complètement. Ce qui limite la portée de notre travail à l’analyse de la transgression que représentaient ces romans de Charles Exbrayat par rapport aux théories de l’époque.
Voir et entendre au XIIe siècle : Convaincre, Croire, Aimer.
Corbellari, Alain
De par son titre, le sujet d'étude de ce mémoire paraît ambitieux. Les rôles respectifs ou parallèles joués par la vue et par l'ouïe dans les domaines de la conviction, de la foi et de l'amour au XIIe siècle ne peuvent s'aborder de manière exhaustive ou satisfaisante dans un travail aussi court. C'est pourquoi nous avons limité notre étude à deux oeuvres en particulier: quels rôles Béroul fait-il jouer à ces deux sens dans le processus qui mène à la conviction? Le Roman de Tristan , qui fait passer le roi Marc et sa cour d'un soupçon à la conviction de la culpabilité des deux amants, puis à la conviction de leur innocence, nous a semblé un bon point de départ à notre réflexion sur le sujet. L'attitude d'Eneas dans le roman du même nom transposera cette même question dans le domaine de la foi. L'innamoramento de Lavine en dernière partie de cette même oeuvre sera le point de départ à nos hypothèses sur l'importance de la vue et de l'ouïe dans la naissance de l'amour.
De l’épopée au roman, une lecture de Monnè, outrages et défis d’Ahmadou Kourouma.
Le Quellec Cottier, Christine
Le second roman de l’écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma, Monnè, outrages et défis (1990), a été associé dès sa parution, aussi bien par la critique que par l’auteur, à une catégorie littéraire bien connue ; celle de l’épopée. Et cette notion s’est avérée particulièrement pertinente pour en cerner les enjeux. Si, d’une part, l’imaginaire épique africain est un matériau essentiel de l’écriture de Kourouma, le roman lui-même peut, en effet, être lu comme une épopée. Et, paradoxalement, analyser la manière dont il actualise certains procédés littéraires propres à l’épopée mondiale – envisagée comme récit ayant pour thème la société et particulièrement sa structure politique - s’avère même un moyen idéal pour cerner avec précision les enjeux de la référence à l’épopée (traditionnelle) au sein du projet qui fonde toute l’œuvre de Kourouma : penser l’histoire africaine.
Le statut du fantastique dans le Manuscrit trouvé à Saragosse : entre emprunts et demystification.
Rosset, François
Roman initiatique, gothique, fantastique, picaresque, d’aventures, d’éducation, conte philosophique, le Manuscrit trouvé à Saragosse aborde et parodie bon nombre de genres littéraires, sans pour autant s’inscrire fidèlement dans un seul genre en particulier. Ainsi, l’écrivain ne cesse d’appliquer des stratégies de construction, puis de déconstruction du fantastique, suscitant ainsi une tension entre deux mouvements contradictoires. Il est alors nécessaire de se demander de quelle manière l’écrivain développe et fait coexister ces deux pôles antithétiques. L’accent sera ainsi mis, dans un premier temps, sur les divers procédés de construction du fantastique. Quels sont les poncifs traditionnels du genre que Potocki recycle ? De quelle manière ces éléments archétypaux sont-ils intégrés dans le roman, avec sérieux ou ironie ? Ces emprunts favorisent-il réellement l’atmosphère du fantastique ou contribuent-ils déjà à la démystification ? Puis, dans un deuxième temps, les modalités de la déconstruction qu’opère le romancier seront mises en évidence. Quels sont les enjeux de cette démarche de déconstruction pour le protagoniste et le lecteur ? De quelle manière évolue le statut du fantastique ? Ces questions permettront de dégager le lien qui unit le statut du fantastique au parcours du héros, considéré dans le rapport entre fiction et réalité, ainsi que d’observer la manière dont le fantastique varie entre la version de 1804 et celle de 1810.
L’allusion pour témoigner des violences de l’Histoire : autour d’Une vie de boy de Ferdinand Oyona et de L’aîné des orphelins de Tierno Monénembo.
Le Quellec Cottier, Christine
Ce mémoire aborde et compare deux romans de littérature africaine : Une vie de boy, de Ferdinand Oyono, et L’aîné des orphelins, de Tierno Monénembo. Le premier récit relate le destin funeste d’un jeune Camerounais sous la colonisation française ; le second est centré sur la figure paradoxale d’un enfant qui bascule dans la misère, le cynisme et la criminalité, après avoir perdu ses parents lors du génocide rwandais perpétré en 1994. Ces deux œuvres « mettent en fiction » les conflits meurtriers qui ont secoué le continent africain, qu’il s’agisse de la confrontation coloniale (Oyono) ou du génocide (Monénembo). Dans chacune d’elles, la question de la violence, et les nombreux enjeux qu'elle soulève, acquièrent une importance fondamentale : comment caractériser l’oppression coloniale ? comment dire le génocide ? Selon notre approche, ces récits adoptent des stratégies discursives visant à la fois à contourner l’évocation directe des événements, source d’horreur, et à poser un regard interrogateur sur ce qui les fonde et les conséquences qu’ils impliquent. Notre travail s’articule en deux parties : dans un premier temps, nous nous penchons sur des enjeux éthiques et esthétiques, liés à l’écriture de la violence, qui ont pu conditionner le discours des écrivains ; puis, nous analysons les procédés allusifs auxquels ils ont recours pour traiter indirectement leur sujet. Nous défendons l’idée que chacun de ces textes, qui oscillent entre fiction et témoignage, peut se concevoir comme une sorte de « témoignage en profondeur », où le lecteur, par le biais d’un discours allusif, est amené à réfléchir sur les événements, sans les avoir nécessairement vécu, en mobilisant son propre univers de connaissances. Un rapport s'établit entre allusion et témoignage.
L’ethos du sauveur dans la rhétorique de Fidel Castro : traduction et analyse des discours du 8 janvier 1959 et du 1er janvier 1984.
Adam, Jean-Michel
La langue de Fidel Castro est complexe, digressive, répétitive. Ses phrases périodiques sont longues et curieusement agencées, leur tournure grammaticale souvent déconcertante, parfois même chaotique. C’est là sa façon de s’exprimer, ce qu’une traduction stylistiquement élégante ne rendrait pas. Le traducteur doit tenter de reproduire ces aspects rythmiques et discursifs, s’il ne veut pas passer à côté de la langue et de la rhétorique du Comandante. En choisissant de traduire et d’analyser les discours du 8 janvier 1959 et du 1er janvier 1984, notre objectif était triple. Premièrement, nous désirions faire découvrir à un public francophone la rhétorique de ce grand orateur peu étudié et donner à lire, en ces jours anniversaires de sa prise de pouvoir, les mécanismes du discours totalitaire d’un des plus grands dictateurs du XXe siècle. Deuxièmement, nous avons cherché à produire et à présenter des traductions dans lesquelles le lecteur pourrait découvrir et ressentir cet art oratoire si particulier d’un chef d’état qui a, pendant un demi-siècle, fasciné, troublé et parfois inquiété le monde. Enfin, nous avons souhaité insister sur un aspect de cette rhétorique : la mise en place d’un ethos du sauveur. Véritable icône, utilisant et véhiculant de façon très habile les images d’un Christ, d’un guérillero en costume militaire et d’un bienveillant « Petit père du peuple », Fidel Castro n’a jamais cessé de re-fabriquer, à l’occasion de chaque discours, l’histoire de la Révolution cubaine, légitimant ainsi ses choix politiques et son pouvoir absolu.
Le motif du double dans les récits fantastiques du milieu du XIXème siècle.
Rosset, François
De Hoffmann à Poe, en passant par Gautier et Nerval, le motif du double a fasciné les auteurs de récits fantastiques au XIXème siècle. Qu'il soit vampire, sosie, ou reflet, le double hante une grande partie des textes de cette époque. Ce travail cherche le lien entre ces différentes manières de traiter le motif du double, il se concentre sur les phénomènes intertextuels. Hoffmann semble être le précurseur du fantastique en France et celui qui a amené le sosie dans ce genre littéraire. Mais ses textes ont été repris, réutilisés, refaçonnés et réappropriés par les écrivains français. Au milieu du XIXème siècle Poe fait son apparition en France et fascine. A son tour il est repris et réécrit. Ce travail met d'abord en parallèle deux récits de doubles : Les Elixirs du Diable de Hoffmann et William Wilson de Poe. Des éléments semblables se retrouvent dans les deux textes et une stucture commune apparaît. Y aurait-il un modèle réutilisé systématiquement dans les récits de doubles ? La suite du travail examine cette supposition en mettant en parallèle quatre textes francophones peu connus traitant du motif du double. Des détails et une structure récurrents se retrouvent dans tous les textes, il est possible de tisser des liens entre les récits de Hoffmann et de Poe et les quatre nouvelles écrites au milieu du XIXème siècle. Un modèle standard présents dans la plupart des histoires de double semble se dessiner. La dernière partie du travail cherche à savoir ce qui se cache derrière l'intertextualité saturée des récits fantastiques traitant du double. L'auto-réflexivité ou une certaine ironie envers le genre sont certaines des pistes explorées. Mais la question reste ouverte et rien n'est résolu, tout est encore à dédoubler.
Marc-Théodore Bourrit et la représentation des Alpes à la fin du XVIIIe siècle.
Reichler, Claude
L’œuvre de Marc-Théodore Bourrit se situe à une période charnière de l’histoire, à la fois aux confins du siècle des Lumières et à l’aube de celui des Romantiques. Ses écrits sont ainsi emprunts d’un héritage culturel omniprésent, tout comme d’éléments nouveaux qui deviendront emblématiques du genre des récits de voyage dans les Alpes au XIXe siècle. Mais s’il est impératif de comprendre l’œuvre de Bourrit comme faisant partie d’un ensemble plus vaste, il ne faut en aucun cas négliger qu’il s’agit avant tout d’un témoignage unique. Cet amoureux de la montagne n’était en effet ni un savant, ni un intellectuel. Écrivain parfois maladroit, il a pourtant su exploiter les thèmes chers au public pour garantir son succès.
« Ja orés mout tres grant merveille » : le merveilleux à l’épreuve de la réécriture dans le roman de Cristal et Clarie, roman en vers du XIIIe siècle (1267-1268).
Mühlethaler, Jean-Claude
Le roman de Cristal et Clarie est un roman anonyme de la fin du XIIIe siècle conservé dans un manuscrit unique. Ce mémoire propose d’aborder cette œuvre, dans son ensemble, au travers de la thématique du merveilleux. Une analyse détaillée de chaque épisode où le merveilleux intervient a permis de montrer un effacement de la topique merveilleuse qui provoque la mise en place de mécanismes nouveaux tels que la déconstruction, le détournement, le retardement de l’explication merveilleuse ou la tonalité ludique. Ainsi, cet effacement n’est pas le signe de la faillite de l’écriture mais celui d’une nouvelle poétique du merveilleux. Le roman de Cristal et Clarie présente une écriture plus elliptique qui repose sur l’intertextualité. Cette évolution est possible grâce à un ancrage certain du merveilleux dans la littérature médiévale où les motifs véhiculent au travers des textes et où la mémoire des œuvres antérieures joue un rôle important. L’intertextualité permet de comprendre l’incomplétude présentée par la topique merveilleuse.
Première personne, Première journée : herméneutique du sujet narratif dans la Première journée de Théophile de Viau (1623).
Rosset, François
« Ce jour-là, comme le ciel fut serein, mon esprit se trouva gai. » Qui se cache – ou se signale… – derrière la première personne dans la Première journée, bref texte en prose (parfois interprété comme le fragment d’une œuvre avortée) écrit en 1623 par le poète libertin Théophile de Viau ? La question est peut-être trompeuse – du moins est-ce là l’une des hypothèses directrices de ce travail portant sur un « ancêtre » de l’autobiographie dans le domaine français. La prose narrative en première personne n’est pas née toute armée de la tête d’un unique auteur ; des Confessions de Saint Augustin aux mémoires d’Aubigné, du roman picaresque espagnol aux Essais de Montaigne, divers modèles discursifs antérieurs semblent avoir rendu possible l’avènement de cette Première Journée… Si la frontière ontologique entre réalité et fiction du « moi » constitue à l’heure actuelle le soubassement des théories de l’autofiction, elle ne paraît cependant pas avoir affecté les lecteurs de 1623, bien plus soucieux de déterminer le degré d’exemplarité (à l’image des récits pieux) de ce « discours », que la censure s’était par ailleurs empressée de juger « libertin ». Faut-il en conclure que l’expression en première personne, en ce début de 17e siècle, est reçue comme une forme de provocation ? La dissidence se loge-t-elle dans le mode d’énonciation avant de paraître dans le contenu même du propos ? Chronologiquement antérieure au Discours de la Méthode, il semble que la Première Journée ait beaucoup à nous apprendre sur la genèse de la subjectivité dite « moderne », ainsi que sur la façon dont un « moi » se déploie narrativement et entreprend de se mettre en scène par le bais de la littérature.
A la poursuite de la figure maternelle disparue : L’hybridité pronominale dans Les saisons de passage d’Andrée Chedid.
Adam, Jean-Michel
Née en 1920 au Caire d’une mère d’origine syrienne et d’un père libanais, exilée dès 1946 en France, Andrée Chedid est une auteure multiculturelle. Au sein de son œuvre, constituée des divers genres que sont la poésie, le théâtre, le roman, un texte à part fait véritablement régner le principe d’hybridité fondamental à l’écrivaine. Dans le récit Les saisons de passage, publié en 1996 en hommage à la mère décédée, les temps verbaux se mélangent, les souvenirs vrais et imaginaires s’entrelacent et enfin deux pronoms s’entrecroisent pour désigner la figure maternelle, personnage central. En se basant sur les distinctions pronominales opérées par les linguistes, ce travail se propose d’étudier et de confronter les emplois des pronoms de deuxième et de troisième personne s’entremêlant dans le récit pour indiquer la mère. Si le « tu », toujours implanté par un « je », dépeint une relation de promiscuité, d’intimité entre la narratrice et la mère ; le « elle », moins lié à l’énonciatrice, instaure une certaine distance, une pudeur, permettant à la fille de présenter la mère avec plus de recul. Au-delà des systématiques relatives à leurs usages respectifs, les deux pronoms s’inscrivent surtout dans le besoin de la narratrice d’offrir un portrait maternel ouvert, en mouvement, libre.
Réflexions méthodologiques et étude de terrain portant sur les représentations qu'ont les francophones dans le District du Lac (Fribourg) des communautés et pratiques linguistiques de leur région.
Burger, Marcel et Singy, Pascal
Ce travail, basé sur une réflexion méthodologique et une tentative d’élaboration d’étude de terrain en sociolinguistique, a pour visée d’explorer la manière qu’ont les locuteurs de se positionner linguistiquement au sein d’un environnement plurilingue. La négociation du soi et de l’autre se joue à la convergence de la dimension officielle, des représentations et des expériences individuelles. Nous proposons ici de mettre en perspective deux polarités de l’espace social en dressant d’une part le panorama des langues en contact dans la région tel que le définissent les instances légiférantes de type étatique, communales et académique, puis en explorant la matérialité textuelle d’un corpus d’entretiens réalisés auprès de la population civile, scolaire et politique. Notre ambition est d’observer si les découpages et les labels officiels sont relayés par les discours des particuliers et, si tel est le cas, si ces derniers perçoivent la zone de mixité linguistique dans laquelle ils évoluent comme le lieu d’une rencontre ou d’un conflit de langues.
De la littérature sentimentale en Suisse romande dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle : Isabelle de Charrière et les romancières lausannoises.
Rosset, François
L’oeuvre d’Isabelle de Charrière (1740-1805) rayonne dans le paysage littéraire de la Suisse romande à la fin du XVIIIe siècle. Moins célèbre que Germaine de Staël ou Benjamin Constant, cette femme des Lumières mérite pourtant une pleine reconnaissance de son talent d’écriture et de sa vivacité de pensée. Pionnière, elle remet en cause les préjugés de classe, de sexe et les modèles littéraires de son temps. Mais d’autres femmes, telles Isabelle de Montolieu, Constance de Cazenove d’Arlens ou Jeanne-Françoise Polier de Bottens ont aussi écrit, principalement à Lausanne, à la même époque. C’est à travers la littérature sentimentale, très à la mode, que s’expriment ces romancières moins connues. Certes, elles véhiculent souvent des clichés banals en réitérant des topoï, mais toutes rendent compte de l’envie des femmes de participer au monde, comme les hommes, par l’écriture, que ce soit en respectant des conventions littéraires ou en innovant. L’acte d’écrire est déjà liberté. MFM 960
Regards croisés sur le Maroc au XVIIIe siècle : Jean Potocki Versus Louis Sauveur de Chénier et Pierre-Raymond Brisson.
Rosset, François
Ce mémoire a pour objectif de soumettre le Voyage dans l’Empire de Maroc de Jean Potocki à des éclairages différents afin de mettre en évidence son positionnement face aux écrits précédents sur le Maroc. L’accent est mis sur la dichotomie entre la réalité perçue par l’intellectuel polonais et les représentations propres à la littérature de voyage sur le Maroc, par le biais d’une comparaison entre les écrits du voyageur polonais et deux de ses prédécesseurs. A travers deux modèles narratifs différents, deux voyageurs au Maroc au XVIIIe siècle, on livré leur propre vision du Maroc : l’ouvrage mixte de Louis de Chénier1, consul de France au Maroc durant une quinzaine d’années, relève du travail scientifique et du compte-rendu officiel, tandis que le récit de Pierre Raymond de Brisson2 - un captif libéré dont le navire avait fait naufrage au large des côtes marocaines - appartient à un genre narratif spécifique : le récit de captivité. La relation de voyage de Jean Potocki occupe une place à part dans la littérature consacrée à cette partie de l’Afrique. Au contraire de Chénier, qui s’efforçait de montrer les carences politiques, économiques et culturelles du Maroc par rapport à la France, Jean Potocki s’attache, avec une probité scientifique remarquable, à saisir, sans se laisser influencer par ses lectures, toutes les nuances du pays qu’il traverse. Cette démarche, qui fait de Potocki un digne héritier des Lumières, lui permet de découvrir un nouveau Maroc. Au-delà de l’analyse de Potocki, c’est le processus qu’il suit qui donne à sa relation de voyage son intérêt. L’intellectuel polonais offre au lecteur une leçon de sensibilité culturelle. La diversité des mœurs et des coutumes est appréhendée d’une façon résolument moderne. Potocki dépasse la seule peinture d’une réalité exotique ou d’aventures curieuses pour s’interroger sur la notion de civilisation.